A LA DECOUVERTE DE CHICONI
Par Baban Cheha
(source : www.Malango.fr)
Enquête au coeur des villages réalisée par Said Ahmed
pour la revue "Mila na taheri"
Village d'agriculteurs, de pêcheurs et d'artisans d'origine sakalava, implanté sans doute vers le milieu du XIXème siècle sur les pentes de deux collines séparées par une rivière, le village de Chiconi est niché au creux de la baie de même nom, sur da côte ouest de la Grande Terre. Selon la tradition orale, son nom viendrait de l'arabe « Soukini » qui signifie : place du marché public. Un substantif attribué par les marchands de Zanzibar dont les boutres sillonnaient le canal de Mozambique. Ils faisaient escale dans les baies de Mayotte pour se livrer au troc et s'approvisionner en eau et denrées alimentaires locales (riz, cocos ... ). « L'origine du nom n'a rien à voir avec les escargots », affirme notre informateur.
Les premiers habitants avaient implanté leur village sur un site qui porte actuellement le nom de Kavani, menant vers le village de Sohoa. Un choix dicté par la proximité du ruisseau M'ro ny lahilay . Mais le lieu fut vite abandonné sur les conseils d'un célèbre fundi du nom de Madi Saïd, sous le prétexte qu'il était hanté. Pour ce devin l'emplacement idéal se trouvait sur le littoral, en face de la baie.
Aussitôt dit, aussitôt fait. On monta les maisons en falafa et fandraka (végétal d'origine malgache).
Le fondateur du village serait un certain Rangissi Ousséni, ressortissant de Madagascar. Deux de ses petits-fils vivent encore à Chiconi. L'ainé Madi Hamada prétend être le doyen mâle du village ; il serait né vers 1902. Avec son frère Moussa ils partagent une case traditionnelle en terre (trotro) (29) comportant deux pièces.
Leur père était un exploitant agricole qui avait profité des réformes agraires du début du siècle, rendant plus de terres agricoles accessibles aux cultivateurs locaux, pour s'installer à son compte. Secondé par ses fils il se lança dans l'exploitation des cultures de subsislance et de rente (coprah, vanille ... ) qui leur fournit des revenus assez substantiels. Chiconi est d'ailleurs une des premières localités productrice de vanille.
Madi Hamada évoque l'histoire du village avec une certaine verve.
M. H. : Notre village est très ancien. Il a été créé bien avant l'arrivée des Français à Mayotte. Mais le deuxième village de la commune, Sohoa, renommé pour sa poterie, est encore plus vieux. D'ailleurs on ne peut y accéder sans traverser Chiconi.
Enquêteur : Vous ignorez sans doute le nom du fondateur de Sohoa ?
M. H. : Ici tout le monde le connaît, son nom est transmis de génération en génération, c'est M' zé Tofoutro, issu d'une famille d'origine malgache également.
Enquêteur : Vous êtes le doyen du village paraît-il ?
M. H. : Le doyen, oui ! Je suis âgé de 98 ans ; ça ne se voit pas parce que je suis actif. Mais attention il y a une doyenne ! Elle prétend être plus âgée que moi de deux ou trois ans. C'est possible ! Mais à cette époque nous n'avions pas d'état-civil vous savez...
Enquêteur : Que pouvez-vous nous raconter sur Chiconi ?
M. H. : Je pourrai peut-être vous donner le nom du premier enfant né dans ce village. C'était un garçon du nom de Colo Madi. Sa mère Chimama Kamissi était issue d'une famille malgache installée depuis plusieurs générations à Ourovéni. La famille est ensuite venue à Chiconi mais je n'en connais pas la raison.
Enquêteur : De nos jours il est rare à Mayotte d'entendre des noms malgaches comme Kamissi, qui signifie «jeudi » n'est-ce pas ?
M. H : C'est exact ! En se convertissant à l'islam nos grands-parents ou arrière-grands-parents ont dû prendre des noms arabes comme le stipule le Coran. On entend de moins en moins des noms comme : M'Colo, Laza, Toumbou, Siaka, Kamissi, Sabotsy, Tavandray, Boto, Moussi, Vavy, Fanouny, Angatahy, Adani, Rasoa, Tsara, Soa et j'en passe. On ne peut pas empêcher la terre de tourner.
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Dans son intérieur démuni, Moussa Hamada a conservé les témoignages d'époques plusfastes mais révolues: coffre-fort, balance de Roberval, malle métallique.
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Madi Hamada à gauche et un ami, en tenue de cérémonie pour la fête de l'Ide. « Nous sommes des Malgaches mais complètement islamisés, comme le trahissent nos habits et nos noms »
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(121) M'o ny lahilahy : Ruisseau des hommes (en dialecte sakalava).
(29) La case en terre a été importée à Mayotte par les engagés anjouanais.
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Mots-clés : chiconi
, baban Cheha
, mayotte 
Par Saïd Gaba
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| 07/01/2008 15:46
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